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Livre - Et pourtant je me suis levée tôt (Elsa Fayner)

8 Avril 2008, 17:50pm

Publié par Miss pas touche

Une fois n'est pas coutume, je souhaite vous parler d'un livre que j'ai lu il y a peu et qui, je l'espère, fera réfléchir et réagir un peu les gens.

Un mot sur l'auteur :
Elsa Fayner est journaliste et a souhaité effectuer un travail d'investigation sur les emplois précaires. Elle se recrée un CV « sans relief » (bac +3 en sciences humaines et quelques petits boulots d'étudiants), un CV identique à celui de bien nombreux jeunes diplômés en recherche d'un premier emploi. Et elle part en quête d'un travail pour voir comment ça se passe en Interim et via l'ANPE.
L'enquête se déroule début 2007 et durera 3 mois.


Et pourtant je me suis levée tôt...
Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires

Région lilloise.
Entre candidatures spontanées et boîtes d'interim, en trois mois, Elsa Fayner aura effectué plusieurs petits boulots : femme de ménage dans un hôtel 4 étoiles, employée à la caféteria d'Ikea, télévendeuse pour Télé 2.
Et « caissière ? Dans tes rêves! » (titre du premier chapitre)
Car oui, vous avez bien lu, il n'est pas si facile de devenir caissière.
Lorsqu'elle a effectué ses recherches pour décrocher un emploi en caisse, voici ce qu'on lui a répondu :
« Ici, la moyenne, c'est bac + 3 ou 4. mais nous donnons notre chance à tout le monde. Sachez cependant que nous recevons 150 CV par jour, nous ne pouvons répondre à chacun. » (p26)
ça laisse comme un goût amer dans la bouche d'entendre ce genre de réponse... Comme si désormais, il fallait avoir fait des hautes études y compris pour trouver un boulot dit sans qualification.

Je ne vous ferai pas le récit de ses différentes expériences, mais j'en retiens quelques points essentiels : le problème de reconnaissance au travail, les temps partiels qui se généralisent, la quasi-impossibilité de trouver deux emplois lorsqu'on travaille à temps partiel, les salaires modestes, la peur chronique du salarié de perdre son emploi fut-il difficile et ingrat.


Je vous livre quelques extraits :

"Si l'activité professionnelle ne donne pas satisfaction [...] c'est parce qu'elle implique des souffrances physiques – lorsque les conditions de travail sont pénibles – ou morales – quand l'ambiance dans l'entreprise est tendue, les relations avec les supérieurs et les collègues mauvaises. Les nouvelles organisations du travail, censées apporter plus de motifs de satisfaction aux travailleurs, en raison notamment de l'autonomie plus grande qui leur est conférée, mènent parfois au résultat opposé."
(p122)

Si l'on travaille dans des conditions où les tâches que l'on effectuent sont mal reconnues, ou vues comme sans intérêt de la part des supérieurs / collègues / clients, il est difficile de trouver sa place et de vivre sereinement son travail qui de toute façon est rabaissé par ceux qui nous entourent.

"Dans un bureau, au moins, il est toujours possible de répondre de temps en temps à un mail personnel, de se balader quelques minutes sur le Net pour se détendre, de passer un appel privé, voire de discuter, bref de maîtriser un minimum son emploi du temps, en fonction de son rythme."
(p126)

Maintenant, pensez à tous ces boulots où le temps est minuté, où il y a un contact permanent avec la clientèle ou un travail à la chaîne, il n'y a plus de temps pour soi.
Ceux qui travaillent dans les bureaux ne connaissent pas forcément la chance qu'ils ont de pouvoir, ne serait-ce qu'aller aux toilettes quand ils le veulent. Ça vous semble futile ? Et pourtant...

"Le travail dit « non qualifié » nécessite lui aussi des compétences en termes d'organisation, de sociabilité, de rapidité d'exécution, de gestion des contraintes et d'adaptation qui ne s'acquièrent pas immédiatement. Mais, en ces temps de chômage de masse, pas question de reconnaître ces qualifications, de les rémunérer, encore moins de les valider et risquer de fournir des possibilités d'ascension dans le métier."
(p165)

En transposant cette réflexion à ma propre expérience, lorsque je me suis rendue à l'ANPE afin de faire un « constat » sur ma recherche d'emploi, la ligne des qualifications que j'avais pu acquérir en caisse est restée vierge (à part le fourre-tout : accueil clientèle, il n'y avait pour ainsi dire rien...)


Travailler plus pour gagner plus, un slogan qui a été souvent scandé pendant les élections présidentielles en 2007. Pas facile à suivre ce genre de précepte quand on a des petits boulots. Alors que faire quand on galère déjà pour décrocher un emploi à temps partiel ?


À la fin de ma lecture, je me suis tout de même surprise à me dire que si je devais retourner travailler dans le commerce, je tenterai ma chance dans une enseigne Ikea pour une raison qu'Elsa Fayner explique dans son livre : chaque employé (qu'on soit chef ou magasinier) est tenu d'avoir du respect envers les autres employés et sincèrement, c'est ce qui manque trop souvent dans les entreprises. Je crois que si chacun se sentait un minimum valorisé dans son travail (même si cette valorisation est quelque peu surfaite), il vivrait plus sereinement son quotidien professionnel et prendrait même un plaisir certain à travailler même si les conditions ne sont pas les meilleures ou que ce n'est pas un emploi de rêve.
Se sentir reconnu pour ce qu'on fait et ce qu'on est, c'est essentiel non ?

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Titre : Et pourtant je me suis levée tôt
Auteur : Elsa Fayner
Editions : Panama
Prix : 15€

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Et si vous avez le temps, écoutez l'émission passée sur RFI le 22 mars (lien ici) : "les prolétaires du tertiaire" à laquelle l'auteur a participé. Il y a également (et surtout) le témoignage d'employés de caisse qui expliquent leur quotidien.

Commenter cet article

m-c 30/07/2008 14:51

je travail chez ikea (job étudiant, car suis en fac de Géo) à la boutique suédoise et aux sandwich, même si le travail est difficile ( caisse, litige, ménage ... )on est tout de même valorisé dans ce qu'on fait ,et tout le monde que ce soit le directeur en personne vous dira BONJOUR ! De plus, ce qui est bien dans cette enseigne, c'est qu'on n'est pas figé dans un corps de métier jusqu'à le fin de ses jours, moi par exemple je vais intégrer un poste de vendeur pour la rentrée et je n'ai même pas 1 ans d'ancienneté.
VIVE LA SUEDE !!

Nola Rice 01/05/2008 20:06

VOus etes ouverte? la petite histoire de johanne, oh la la moi aussi j en pouvais plus de l entendre celle ci!

Dédé 18/04/2008 16:01

Miss pas touche, c'est moi que tu ne crois pas ? Je t'assure, j'ai le bouquin !! Réponds moi sur mon blog !!

Miss pas touche 18/04/2008 16:19


non, non rassure-toi, je répondais à un autre commentaire (celui qui est juste en dessous du tien) ;o)


Aurélie 15/04/2008 20:50

Il est vrai que la pénibilité au travail est une notion finalement toute relative. Etudiante, j'ai tenté un essai de deux heures comme hotesse de caisse. Les phrases piquantes des clients, l'absence d'explications sur les exigences du poste... j'ai paniqué. J'ai refusé de prendre la place. Aujourd'hui je suis juriste. Mon emploi génère du stress, mais il tellement moins pénible psychologiquement et physiquement qu'un emploi d'hotesse de caisse... que je tire mon chapeau à toutes les caissières.

bdu 13/04/2008 06:41

je te souhaite un bon dimanche

Miss pas touche 13/04/2008 09:48


merci, toi aussi ;)