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Concours - résultats, suite & fin

, 05:06am

Anne

Du bonheur en petites doses



Dans le haut-parleur, la voix mécanique du droide-vendeur annone « Une promotion est actuellement en cours sur la « bonne humeur du matin ». Pour la « bonne humeur du matin », une injection de 2 jours achetée, une offerte. Venez en profiter à au rayon « bonheur », allée 18. Et n’oubliez pas : une injection bien choisie est une journée réussie»

Laurence C4 soupire en consultant l’écran digital de sa caisse. Encore 8 heures de travail. Elle essaie de souffler calmement. Son injection de « Stakhanovisme concentré » la drogue qui fait fureur chez les travailleurs manuels, est récente, pourtant elle se sent déjà fatiguée.
Elle plaque un sourire professionnel sur ses lèvres, sentant la caméra de la Direction se braquer sur elle. « Un sourire permanent est un gage d’avancement. » Ce mantra lui a été si souvent répété qu’elle le récite en baissant la tête, et en faisant mine de vérifier son écran. La caméra s’éloigne ayant sans doute capté l’immobilisme d’une autre caissière. Elle respire un peu mieux.
Une cliente s’approche. Elle appartient visiblement à la caste des B puisqu’elle circule sur un scooter électrique. Elle lui adresse un bref salut, puis tend ses injections. Laurence C4 est surprise de n’en compter que 2. Les femmes B pille généralement le rayon « beauté chimique ».
Elle tend les petits flacons de verre sous le scanner, et comprend leur petit nombre. Il s’agit d’injections de « félicité conjugale », l’une des drogues génériques les plus chères. Ces doses vont simuler et entretenir un mois de bonheur à la maison.
L’air ailleurs, la cliente tend son poignet pour régler ses achats. Laurence C4 passe le scanner sur la puce intégrée sous la peau du poignet, puis vérifie avec un second passage sur le tatouage de la paume de la main.
Une fois le paiement validé, la caissière glisse les fioles dans une mallette réfrigérée et salue la cliente, une B3. Se faisant, elle remarque les traces de coups sur la tempe et la mâchoire de la cliente. Mais cette dernière s’éloigne déjà sur son scooter, parcourant silencieusement le sol immaculé de la Pharmacie 3000.
Laurence C4 jette un œil sur l’écran qui étale l’identité de la cliente. Elle est mariée à un membre de la caste A puisque le compte à débiter est le sien. Les mariages entre castes sont autorisés, à condition que l’homme soit issu d’une caste supérieure.
Il possède alors le droit de vie et de mort sur son épouse de condition subalterne. La cliente doit économiser sur ses doses de « épouse modèle » et de « sexuellement attirante » pour acheter « félicité conjugale » et les injecter secrètement à son mari. « Une injection bien choisie est une journée réussie »
La caissière sourit de ce stratagème avant de penser à ce que cela implique de malheur. Depuis qu’elle occupe ce poste, elle a souvent remarqué que les A et B, castes pourtant supérieures à la sienne, ne semblaient pas exempts de problèmes.
Dés sa naissance, on lui a rabâché que les « C sont la base laborieuse de la société », et que, pour eux, le bonheur ne peut se trouver qu’en injections.
A voir ces femmes A et B qui dépensent des fortunes en drogues en tous genres telles que « aura séductrice », « nuit de folie », et « 10 ans de moins » pour épouser un A, elle réalise que le système de castes ne broie pas uniquement les C.
C’est pourquoi elle accumule les heures, dans l’espoir insensé de passer C1 avant de mourir. Et elle n’achète jamais de doses de « flirt sans conséquence » ou de « amnésie bienheureuse». Non. Elle ne se drogue que pour mieux travailler et ainsi améliorer sa condition de départ.

Un autre client s’approche. Il s’agit cette fois d’un membre de la caste des A puisqu’un chauffeur conduit sa voiture à énergie nucléaire. Le client la regarde à peine, et ne bouge pas de son siège tandis que l’employé, un C4 comme Laurence sûrement, tend les injections.
Il y a là un panel impressionnant . Elle passe successivement des tubes de « réussite professionnelle », de « érection de 3 heures » et de « savoir culturel ».
Les dernières doses la surprennent toutefois puisqu’il s’agit de « Stakhanovisme concentré ». Un homme de caste A ne fait pourtant aucun effort physique, sauf pour le sexe.
Elle lève les yeux, et comprend en voyant l’air gêné du C4 qui la regarde. Ce dernier fait tout simplement payer à son employeur ses propres injections. Elle lui sourit à peine, pour éviter l’arrivée de la caméra qui sait quand un employé varie ses habitudes, puis achève le compte.
Le C4 incline légèrement la tête, puis avance lentement le véhicule afin que son maître tende le poignet pour le paiement. Gérard A2, l’un des plus hauts grades, s’exécute avec mauvaise grâce, puis ramène vite son bras dans la voiture aseptisée.
Les deux C4, l’une à la caisse, l’autre au volant, se saluent du regard, puis retournent à leur condition de travailleurs manuels.

Laurence C4 continue sa journée de 16 heures. Avec une telle fatigue, elle n’a pas à acheter de « douce nuit » pour dormir.
D’après ses calculs, dans un an, elle pourra postuler comme C3, et ainsi devenir contrôleuse. Quand on parle du loup, le sien passe entre les rayons.
Juchée sur son vélo solaire, Yvette C1 effectue sa tournée, vérifie les caisses et houspille les caissières. Comme tous les petits chefs, elle abuse de son maigre pouvoir, croyant cacher ses origines en les reniant.
Yvette C1 a en effet été reléguée dans le monde des C suite à un manquement à la hiérarchie. De son grade perdu ne lui reste plus que l’humiliant privilège de circuler à vélo.
Il y a 10 ans, elle avait en effet dénoncé l’incompétence de son supérieur A afin d’en prendre la place. Elle a appris à ses dépens que les castes ne sont pas interchangeables, et qu’un A, même stupide, vaut toujours mieux qu’un B. Elle avait tout perdu en une journée ; son poste, son appartement dans une résidence réservée aux B2 comme elle, et sa famille, confiée à une B plus digne. La condamnation avait été sans appel : une rétrogradation en C1.
Depuis, elle promène sa haine comme un parfum aigre.
Laurence C4 la laisse faire, et songe avec délectation à ce congénère qui profite de son employeur A en lui faisant régler ses propres doses. Elle espère juste qu’il se charge également des comptes du A2 afin de faire disparaître les traces de son forfait.

La journée se termine. Sa caisse s’éteint automatiquement, et affiche en chiffres fluorescents le compte de la journée. Toutes les caissières s’alignent et subissent le classement du soir.
La contrôleuse distribue alors humiliations, remontrances, et maigres félicitations aux C, qui doivent toujours mieux faire.
Laurence C4 se tient au garde à vous sans broncher, devant cette caisse, à la fois intime et traîtresse, qui la livre à la vindicte générale. Elle a réalisé une bonne journée et s’en sort bien.
Sur un signe de tête, les employés s’égayent dans la grande surface désertée pour rejoindre leur vestiaire.
Le droide-vendeur est en enfin déconnecté, et le silence envahit les larges allés. Les énormes réfrigérateurs ronronnent. Laurence C4 traverse les rayons « bonheur », « santé », « sexualité », « réussite¨ ». Les droides-inventaires sont déjà en train de remplir les rayons et parcourent la Pharmacie 3000 en tous sens.
Elle aime ce moment de calme qui lui permet de réfléchir. C’est ce qui la sauve. La capacité de son esprit à s’envoler, à imaginer. Sa mère, une C4 comme elle, l’a toujours encouragée à lire au lieu de s’injecter « connaissances littéraires ». Et depuis son enfance, le rêve et les personnages imaginaires sont ses plus fidèles alliés. Elle ne parle pas de ses projets d’ascension sociale, et n’évoque pas ses opinions sur le système des castes. Les deux sujets risqueraient fort de l’amener à la camisole chimique, ou de la reléguer à la caste des inclassables.
Elle joue son rôle parfaitement compris de caissière. Elle ne bronche pas, et se soumet à la volonté des A et des B. Mais elle se réjouit parfois de les voir aussi faillibles, aussi mesquins, eux qui se réclament justement d’une supériorité de sang.

Avec d’autres collègues Laurence C4 arrive à son vestiaire. Elle passe son poignet devant la cellule électrique pour ouvrir la porte de son placard et se change. Elle vérifie ses doses de « Stakhanovisme concentré ». Les fioles dorées brillent dans la pénombre. Elles sont ses amies, celles qui lui permettront de changer de condition. Puisqu’elle n’a que sa force de travail à vendre, elle en fera le meilleur usage possible. Elle doit juste veiller à ne pas en abuser, pour éviter une fin débilitante, rongée à la fois par le manque de drogue et les abus chimiques.

Dans le vestiaire, quelques rires fusent, mais c’est surtout la fatigue qui prévaut. La caissière qui a réalisé la plus mauvaise recette pleure, et la caméra de surveillance est déjà en train d’enregistrer cette faiblesse qui demain lui vaudra de nouvelles remontrances. Laurence C4 se promet de lui parler pour l’aider à s’endurcir. Mais ce soir, c’est trop tard.
Le droide-vigile les enjoint à quitter les lieux et les escorte jusqu’à la sortie qu’il verrouille derrière elles.
Les fiancés attendent devant la sortie pour raccompagner ses collègues, comme une armée calme et bienveillante.
Les règles de bienséance et de bonne conduite pré-conjugales sont beaucoup moins strictes pour les C. Ils peuvent se rencontrer et se fréquenter avant le mariage, obligatoire à 25 ans. Ils doivent toutefois se soumettre à une stérilisation chimique temporaire, renouvelée et contrôlée par le Ministère de la santé et de la reproduction.
Les castes supérieures ont en effet renoncé à combattre « les bas instincts de cette caste de travailleurs physiques » comme elle l’avait lu dans le journal numérique diffusé sur les murs.
Ce mépris s’avère amusant car les bas instincts mentionnés se résument le plus souvent à des promenades main dans la main et autres amourettes.

Laurence C4 regarde les couples s’égayer dans la ville déjà grise de l’heure tardive. Seuls les C marchent, les autres castes ayant droit à divers véhicules. Mais une fois encore, cette privation n’en est pas une. Elle peut ainsi rêver et s’extraire de ce quotidien si brutal.
Elle croise l’autre brigade de caissières. La Pharmacie 3000 va rouvrir dans 1 heure fidèle à son slogan « Une dose de bonheur, à n’importe quelle heure ».

Au coin de la rue, elle avise soudain le C4 qui tout à l’heure conduisait, et arnaquait son employeur A2.
Elle comprend que ce n’est pas un hasard et lui sourit. Il fait de même et règle son pas sur le sien. Ils échangent un regard amusé, conscients de cette soudaine complicité.
Elle réalise alors que cette promenade impromptue, et les promesses qui en découlent, valent plusieurs doses de « bouffée de joie ».


Frédérique

Une journée dans la vie d'Ysande


Le jour se lève et l'air est déjà chaud. Ysande avance à grands pas en direction du pont-
levis. Un bref signe de tête à l'adresse du poste de guet et la voici à l'intérieur de la
forteresse.
Ce 18 juillet 1498, c'est jour d'exécution publique. La foule est dense, attirée de loin, parfois bien au-delà des limites des terres de Monsieur le Baron.
Ysande joue des coudes pour remonter la rue poussiéreuse jusqu'à la place publique. C'est là que se trouve le Grand-Marché, propriété de Monsieur le Baron.
L'exécuteur est arrivé hier et ses valets ont installé avec diligence le bûcher, à quelques pas seulement de l'entrée du magasin.
Ysande se faufile parmi les curieux jusqu'à la porte latérale du Grand-Marché, puis elle
frappe le code du jour : trois coups brefs, puis un coup long. Le battant s'entrouvre sur le
visage goguenard du garde de nuit, qui ironise sur son retard. Ysande hausse les épaules et entre dans le réduit, où elle dépose sur un banc son bonnet et son déjeuner enveloppé dans un linge. Elle revêt sa tenue de travail : un bonnet de toile brodé des insignes de Monsieur le Baron et deux rubans bleus à nouer sur son corsage.
Ysande franchit le seuil de l'immense Grand-Marché.
Tout est en place : l'équipe de nuit a balayé le sol de terre battue, l'a recouvert de paille
fraîche et des brassées de joncs odorants ont été déposées avec soin devant la rôtisserie,
qui attire toute l'attention. La jeune employée sourit : l'exécution de la sorcière a été habilement organisée par Monsieur le Baron ...
Ysande prend place sur son tabouret, devant sa table de travail, sur laquelle trône une grande caisse de bois, puis vérifie d'un regard la planche des prix. La grande plaque est clouée sur l'un des larges battants de l'entrée, elle représente par une série d'esquisses les articles en vente et les pièces de monnaie correspondant à leur coût.
Le garde de nuit ouvre déjà les battants de l'entrée du Grand-Marché : les clients s'élancent littéralement dans le magasin. Ils sont pressés, puisque d'ici une heure tout au plus, la sorcière sera promenée à travers les rues dans la charrette de l'exécuteur, jusqu'au bûcher.
Quelle affluence ! Des valets, des servantes, mais aussi quelques dames de compagnie attachées au service des invitées de Madame la Baronne se pressent dans la grande salle.
Voilà que deux valets s' empoignent, se disputant un fagot, dûment certifié par l'exécuteur
comme provenant du bûcher ... Monsieur Danguirre, le responsable du Grand-Marché intervient avec poigne pour les séparer, leur arracher le précieux fagot et leur enjoindre de
le partager.
Ysande n'a pas une minute de répit devant sa caisse.
Brusquement des cris s'élèvent à l'extérieur, attirant l'attention générale sur l'arrivée de la sorcière !
Les clients sortent en toute hâte, abandonnant leurs articles sur le sol.
Ysande et ses collègues ne verront rien de l'exécution, puisqu'il leur faut rapidement tout remettre en place, avant le retour de la clientèle. La jeune caissière ne s'en plaint pas, les exécutions la mettent mal à l'aise.
Tout à coup, le silence s'abat sur la place publique. L'exécuteur est à l'oeuvre, il embrase le bûcher.
Puis c'est une formidable clameur qui s'élève parmi la foule, tandis que la sorcière est livrée aux flammes.

Ysande se signe rapidement.
Elle se tient prête, les affaires vont reprendre d'un instant à l'autre, dans l'excitation habituelle suivant chaque exécution, et ce au moins jusqu'à l'heure du déjeuner.
Alors Ysande mangera rapidement dans le réduit, assise sur le petit banc, puis reprendra sa place devant sa caisse, tandis que l'une de ses collègues ira déjeuner à son tour. Pas question de quitter le Grand-Marché avant la fermeture, lorsque Monsieur Danguirre inspectera chaque caisse de bois, l'une après l'autre. Gare à la moindre erreur ! Ce qui manquera sera décompté de la paie ....

Mais Ysande sourit, parce qu'elle a un secret : au Grand-Marché, elle a appris à lire. C'est sa force, sa petite flamme intérieure.

Martine

La rentrée



Elle scrute le bataillon derrière les grilles, comme si elle était en pleine jungle, et qu'elle venait d'apercevoir l'oeil du tigre en face d'elle ; à bonne distance mais...
Hier, c'était le baptême du feu de la petite Suzy, et pour son premier jour chez Schmilblick, elle a été gâtée. À un certain moment, même, elle a eu peur ! Elle n'osait plus rien dire à sa cliente ; la dame était tellement énervée ! Elle a cru qu'elle allait recevoir une gifle.
Il est vrai, que chez Schmilblick, le client est roi. On lui a assez dit quand elle s'est présentée. Oui, mais elle n'a pas fait psy, Suzy, avant !
C'est pour ça qu'aujourd'hui, on la sent légèrement tendue, agrippée à sa caisse, raide comme la justice, Suzy.
Momo, par contre, a l'habitude, elle ne se démonte pas, des rentrées !? Elle en a fait, Momo. Elle fait partie du bataillon de réserve. Elle connaît le magasin comme sa poche et à l'allure où certaines défilent, Momo sera bientôt le pilier sur lequel repose tout le magasin. Elle a formé tout le monde ici ; même les directeurs sont formés par elle. Elle connaît les grandes surfaces des environs sur le bout des doigts ; c'est son passe temps favori, dès qu'elle est en repos, elle visite. Elle pourrait vous en faire l'historique, depuis Boussicot, Le Bon Marché, Les Nouvelles Galeries... Quand il y a en a une nouvelle qui s'ouvre, elle y va. Marlène l'autre jour a fini par lui dire :
« Tu devrais faire un tour-opérator des grandes surfaces des environs, Momo ! Tu les connais tous, les supermarchés du coin ! T'aurais du succès ! Tu ferais la comparaison des prix, pour la rentrée par exemple !
Elle n'a pas dit non, Momo.
- Oui, faut voir ! »
Allez, en attendant, Momo retourne à sa caisse ; la rentrée, c'est dans quelques minutes maintenant.
« Journée chargée aujourd'hui hein Élodie ! Allez les filles ! On y croit, on y croit ! »
Jo, la chef de rayon vient motiver ses troupes juste avant l'ouverture des portes.
Attention ! Partez ! La grille s'élève, faisant sursauter Suzy. Les chariots rentrent à l'intérieur du magasin comme des autos-tampons. Aujourd'hui, il y a monsieur millionnaire. À fond, la musique! À fond, les ballons! C'est la rentrée !!!? C'est la fête !!!
Les enfants adorent évidemment ; pas Suzy. Oui, parce qu'en plus des parents, il y a les enfants aussi, et oui, c'est mercredi, et monsieur millionnaire en profite. « Venez, venez, les petits enfants! » Les mamans s'exécutent.

Bientôt le magasin est plein, bourré à craquer, le directeur se frotte les mains, les caissières... sur le pied de guerre, comme une rangée de bons petits soldats de l'armée napoléonienne venus défendre le territoire contre l'envahisseur ; des Jeannes d'Arc prêtes à bouter l'Anglais hors de France. Tiens ! V'la un petit Jean d'Arc, perdu au milieu de la rangée dédiée à la gente féminine. Ah ! Qu'est-ce à dire ! les temps changeraient-ils ? Non, ça va, il n'a pas l'air trop perdu.
Cette année, ils ont fait un effort, ils ont revisité la tenue des caissières, relooké comme on dit, spécialement pour la rentrée ; un petit calot sur la tête et un joli petit débardeur signé
J. Galino. Il est mignon, le petit Jean d'Arc là dedans. Un peu décolleté pour lui, quand même, mais cela change, et ce n'est pas si mal. Enfin, le calot, cela lui va bien en tout cas!
Un char d'assaut, bourré à craquer lui aussi, s'achemine lentement jusqu'à la frontière, le barrage obligatoire avant la sortie : Les caisses ; la petite dame derrière a l'air de se demander si elle va finir par y arriver, tellement il est lourd, son chariot. Suzy commence à paniquer. Elle détourne la tête : Si je ne la regarde pas, elle ne me verra pas? Et paf! la dame pile devant la caisse de Suzy et commence à déposer ses munitions sur le tapis roulant. Raté Suzy ! Elle t'a vue la dame ! C'est elle qui était planquée après tout, voilà ce que c'est de rester à découvert toute la journée. !
Ben alors, Suzy ! c'est la dame qui te fait peur ! Boh ! ? Elle n'a pas l'air bien méchant pourtant !?.
Suzy est arrivé chez Schilmblick faute de mieux mais...
Quand ils ne savent pas où ranger quelqu'un, à l'anpe, quand ils ne trouvent pas sa case, ils l'envoient chez Schmilblick. C'est pour cela qu'il y a tous les profils ici, depuis le jeune chercheur qui finit ses études, jusqu'à la mère de famille qui vient pour un complément de salaire. Et puis, il y a la petite Suzy, bien sûr, perdue dans les dédales de la jungle dédiée au temple de la consommation, la pauvre Suzy, dès qu'elle voit un client arriver, elle stresse. Elle apprend le métier, mais... la vie aussi...

« Je fais cela, entre deux périodes de chômage, dit-elle en rigolant. » Ben oui, l'anpe, c'est la réserve de Schmilblick.
Ah ! Ben, Suzy, ça va mieux on dirait ! ? Rien que le mot, anpe, cela la fait rire !?
C'est pour cela que toutes les caissières sont alignées en rang d'oignon à la sortie du magasin :
« Bon, je viens juste en passant, hein ! ? Mais je reste pas, juste un petit mois, pour voir, mais... »
Et puis... Et puis les mois passent dès fois... Comme Mme Du jardin.
Elle passe et repasse Mme Du jardin, elle a toujours oublié quelque chose Mme Du jardin.
C'est qu'elle aime bien, Élodie aussi. Alors, jours après jour, elle vient tailler une petite bavette avec Élodie. Et Élodie qui demande à Marlène : « Pourquoi elle vient toujours à ma caisse Mme Du jardin ? »

Élodie ! C'est le bottin mondain. Quand Marlène est arrivée, c'est elle qui l'a formée, alors elle a eu le droit au questionnaire en règle, c'est mieux qu'interpole, Élodie, elle est au courant de tout, et avec Mme Du jardin !? Deux aimants, elles s'attirent ces deux, là !
Le premier jour, Élodie est restée plantée derrière Marlène pour lui apprendre le métier :
« Bonjour, alors, je vais passer la journée avec toi, pour te montrer, tu vas voir c'est pas compliqué. »
Dans un premier temps, elle rassure Élodie. Et puis après, c'est la question ; la torture préférée d'Élodie. La question : « Alors, t'es mariée ? T'as des enfants ? T'habites-où ? T'as quel âge ? Signe particulier ? C'est quoi ton horoscope ? Ah ! ben justement? Je m'entends bien avec les gémeaux. Elle n'attend même pas la réponse, Élodie, elle les fait elle-même.
Question pour un champion ? Non ! plutôt PJ, Élodie. T'es sous les projecteurs avec elle, elle va te faire avouer. Très vite, Marlène la met au parfum :
« Je vais pas rester là de toute façon, je viens juste en passant, comme tout le monde, c'est l'anpe qui m'a envoyée là. En attendant, oui, mais... J'ai d'autres rêves que Schmilblick !
- Oh ! la snob ! Ben, moi aussi Marlène, j'ai des rêves, c'était pas cela que je voulais faire non plus, caissière. J'ai écrit pour le loft, mais ils ne m'ont pas prise, alors je suis rentrée chez Schmilblick, en attendant. Ca fait rien, je tenterai l'année prochaine. »
Caissière, le métier où l'on attend, on attend le client, on attend de voir, on attend...
« Tiens, Élodie ! T'as une cliente !
- Oui madame, c'est en promotion oui, ben, je vous le compte à ce prix là, bien sûr ! C'est marqué dessus. Oui... comme le port salut madame !
Élodie jette un regard complice à Marlène.
- Je ne sais pas ce qu'ils ont les clients aujourd'hui! Il y a de l'électricité dans l'air on dirait.
- C'est normal, Marlène, c'est la rentrée, c'est toujours comme cela, t'as pas encore remarqué ?
- Attention, revoilà Mme Du jardin. Bon je te la laisse Élodie, parce que Mme Du jardin....
- Pas besoin de me le dire, c'est toujours à ma caisse qu'elle vient, de toute façon. Je ne sais pas pourquoi, d'ailleurs.
Bonjour Mme Du jardin, je suis contente de vous voir ! Ben, non, Mme Du jardin, j'ai pas été prise ! l'année prochaine maintenant, oui bien sûr, on est bien chez Schmilblick, mais le trouver dès fois, c'est dur hein ! ... ben, le Schmilblick Mme Du jardin. Oh ! elle est pas réveillée aujourd'hui !
Mais, vous avez oublié votre Gigot Mme Du jardin ! C'est pas le mardi ? Non le vendredi, c'est le jour du saumon je sais, mais le mardi, c'est le Gigot non ?
- Oh ! oui c'est vrai vous avez raison ma petite Élodie, où ai-je la tête ?
- Ben, sur les épaules, Mme Du jardin, c'est passé la révolution !
Mme Du jardin n'arrête pas de dire à Élodie qu'elle a du sang bleu dans les veines alors Élodie la taquine avec cela.
- Oh, vous êtes drôle ma petite Élodie ! Bon, écoutez, je ne vais pas vous déranger plus longtemps, je reviendrai tout à l'heure.
- Entendu Mme Du jardin, allez, à tout à l'heure.
Elle est gentille remarque Mme Du jardin, mais quelle bavarde ! Et puis ses vannes
dès fois ! .... Eh Marlène ! je te cause !?
- Hein ! quoi !
- Ben t'es où Marlène ? T'es pas ici pour rêver hein ! Tiens, v'la une nouvelle ! Tu la connais celle-là ?
- Qui cela ?
- Oh ! Marlène, atterris ! ... la cliente là ! Celle qui arrive ! Je ne l'ai jamais vue avant, attend, je demande à Vivianne.
Vivianne, tu la connais, celle là ? Toi non plus, tu ne l'as jamais vue ! Ben, d'où elle sort ? Bon Marlène, je te la laisse, à toi de jouer !
Marlène sort de sa rêverie : « Bonjour madame, et comme dans un tir automatique, elle commence à faire défiler les articles de la cliente, en rafale, devant le scan: bip... bip.... bip.... Ça sera tout ? Bon cela fera 36 € » Mais en voyant la petite tête qui dépasse du tapis roulant, brandissant " Darkvador" comme un trophée, elle se ravise.
- Ah ! mais attendez ! je n'ai pas compté le jouet du petit, le jouet qu'il a dans les mains ! Tu me le donnes ton jouet mon ange, que je le compte, je te le rends après !
- Non !!! crie l'enfant
La maman le reprend :
- Bouboule donne le jouet à la dame !
Bouboule part en courant. Derrière, les gens attendent, ils commencent à s'impatienter.
- Bouboule viens ici ! crie la dame. Mais au niveau conviction? Moyen... Bouboule continue, il s'amuse, Bouboule, ça le fait rire... Pas la dame derrière :
« Ben décidément, c'est pas mon jour hein ! C'est toujours pareil, je ne sais pas pourquoi, mais je prends toujours la mauvaise file, c'est toujours sur moi que cela tombe. »
Le client suivant s'en mêle :
« Non, c'est le jour de Bouboule on dirait. »
Et jusqu'au directeur du magasin, qui attrape Bouboule : « Tu me le donnes ton jouet mon petit ! dit-il en caressant la joue de Bouboule devant la maman satisfaite de se sentir enfin soutenue et de voir quelqu'un régler le problème avec son fils à sa place. »
La maman se retourne vers la caisse pendant que le directeur continue de parlementer avec Bouboule, mais la dame s'est retournée, le ton a changé, on ne rigole plus. Il coince Bouboule entre la caisse et l'appareil de détection des fraudeurs : « Donne-moi le jouet Bouboule ! » en lui lançant un regard ! capable de faire avouer n'importe quel innocent. Bouboule abdique et tend le jouet à Marlène.
« Merci mon mignon, dit Le directeur en caressant la joue de Bouboule », juste au moment où la dame se retourne.
« Tu vois que tu peux être gentil quand tu veux, Bouboule ! dit la maman en acquittant sa facture. Il n'est pas méchant vous savez, dit-elle à Marlène, juste un peu farceur, c'est tout. » Puis s'adressant à son fils : « Allez viens, Bouboule, je vais t'acheter une glace pour te récompenser. »
Bouboule suit sa maman, et jette un oeil noir au directeur du magasin, histoire de lui dire : on se reverra. Des rentrées ! C'est pas la dernière pour moi.

C'est la fin de la journée et dans le haut-parleur on entend : « Mesdames messieurs, veuillez vous diriger vers les caisses, le magasin ferme ses portes.»
Deuxième jour, pour la petite Suzy, elle retrouve sa respiration. La rentrée pour elle, c'était hier et au vu de ce qu'elle vient de vivre aujourd'hui, pour son troisième jour, demain, sûr qu'au fond d'elle même, elle viendra chez Schmilblick en pensant : « Même pas peur ! »

Nicolas

La caissière préhistorique


Allocution de Mr. Francis Pomme, historien amateur, à l’occasion du colloque sur « La caissière à travers les âges » :
 

« Avant de commencer, je tiens à dire que ce discours a été réalisé sous contrôle scientifique rigoureux et que six éminents spécialistes de la préhistoire ont donné leur feu vert à cette intervention. Trois d’entre eux sont d’ailleurs des maîtres de conférences certifiés, Pierre Kiroul, Namass Pamouss et Bernard Spéculos. 

Nous sommes quelques centaines de milliers d’années avant Jésus qui crie, autant dire qu’on n’est pas prêt de l’entendre brailler. Les dinosaures ont disparu depuis un petit moment et les premiers hommes découvrent les joies de la vie sur terre. Parmi les nombreux plaisirs qui les attendent, se trouve celui qui nous intéresse particulièrement, la corvée des courses. Hé oui, ça existait déjà ! Mais laissez-moi vous conter la journée type d’une hôtesse de caisse préhistorique (l’hôtesse, pas la caisse).

 

Tous les matins, c’était le même rituel. Le mari de chaque caissière (le célibat était mal vu à l’époque) lui donnait un coup de crosse sur le crâne pour la réveiller. C’est que les réveils n’existaient pas en ce temps-là, les hommes réveillaient donc leurs compagnes avant d’aller à la chasse, à la pêche ou à l’usine.

Il faut préciser qu’à cette époque, nous ne trouvons nulle trace d’une concurrence acharnée. Toutes les caissières sont logées à la même enseigne, j’ai nommé Mammouth. 

A Groumpf heures moins le quart, il était temps pour les braves travailleuses de pointer. Pas à la pointeuse, non… pointer le bout de son nez était suffisant, d’autant plus que le magasin était des plus rudimentaires, puisqu’il était dans une caverne.

Confortablement installée par terre et remise de ses maux de tête matinaux, la caissière n’avait plus qu’à attendre ses clients. En guise d’uniforme, pas besoin de tenue de grand-mère ou de saltimbanque de cirque, quelques feuillages suffisaient. 

Evidemment, la quantité de produits était limitée puisque peu avaient été inventés. La boucherie, par contre, avait la côte (de porc). Les petits vieux (d’une vingtaine d’années) ou les personnes handicapées (un bras en moins empêchant de chasser, les cheveux trop longs pour y voir clair) venaient se ravitailler en viande fraîche, ou avariée pour les plus pauvres. 

Les clients aussi étaient peu nombreux, mais très hargneux, ce qui rendait la tâche de la caissière ingrate, un peu comme aujourd’hui. Ainsi, des bagarres éclataient très souvent.

Comme à l’époque, on payait en cailloux, il était fréquent que cette monnaie sommaire serve d’arme aux clients mécontents. La caissière finissait parfois assommée voire lapidée et on devait la transporter d’urgence à la clinique. 

Cela dit, il arrivait que tout se passe bien. Spouc Bip Klong Bip Proc Bip Splam Bip Thac Bip. Oui, l’origine du Bip vient de la préhistoire. La caissière s’amusait à répéter ce son avec sa bouche, entre chaque article qu’elle était obligée de nommer oralement, faute de moyens. Ensuite, elle demandait au client de payer. Tharatata Tohoi Do Nnnher Soussou Ka-You Fissa (une petite fléchette, une branche, une patte d’ours sans griffes, cinq feuilles bien vertes, un shampooing antipelliculaire, ça fera 15 cailloux s’il vous plaît).

Le midi, la caissière lâchait sa caisse (sans bruit) pour aller retrouver son compagnon et déguster quelque bonne viande fraîchement chassée et quelques fruits fraîchement cueillis. Je dis frais car il n’était pas question pour l’hôtesse de caisse ou son mari de faire du feu. Seuls les aristocrates avaient trouvé le processus. La caissière, elle, n’avait pas inventé l’eau chaude, et les autres non plus, d’ailleurs…

Le soir, après la sieste et (ou) les ébats amoureux, parfois contrariés par la résurgence de la migraine du matin, la caissière regagnait son poste au Mammouth, et ce jusqu’à Groumpf et demi, ce qui lui faisait finalement une petite journée de travail, et non je ne fais pas de phrases trop longues, et je vous dis zut.

Le repos dominical n’ayant pas encore été instauré, tout comme les congés payés du reste, la caissière devait travailler 7 jours sur 7, ce qui explique cette faible durée journalière. 

En ce qui concerne sa rémunération, et je terminerai là-dessus cet exposé, elle était payée chaque fin de journée par son boss. Elle l’appelait ainsi en raison des nombreux coups de massue qu’il prenait sur la tête quand il était en rupture de stock.

Pour ce qui est de ses gains, la caissière récupérait quelques cailloux avec lesquels elle pouvait faire des colliers. Et, bien sûr, elle emportait quelques morceaux de viande non vendus, ce qui occasionnait des disputes conjugales lorsqu’elle en ramenait plus que le chef de famille. Cela explique le nombre important de divorces à l’époque, mais cela n’empêcha pas à toutes ses caissières de se reproduire, et de donner naissance à d’autres caissières, dont la vie s’est perfectionnée avec le temps.

Merci, cher public, de m’avoir écouté jusqu’au bout. J’espère de tout cœur vous avoir intéressé et j’espère vous retrouver bientôt pour vous faire partager d’autres découvertes passionnantes ».

Adrien

Les caissières de supermarché


Elles n'ont pas un métier facile, ces pauvres dames qu'on fait trimer,
il faut pas qu'elles soient trop fragiles, faut arriver à supporter,
les réflexions bien envoyées, des clients comme du patron,
qui ne veulent pas les renvoyer, mais qui attendent leur démission.

Ces pauvres femmes doivent supporter, l'acharnement de ces mamies,
qui cherchent toujours à discuter, le centime sur le moindre prix.
Et puis quand un adolescent, veut s'acheter un litre de wisky,
comment refuser son argent, et lui dire que c'est interdit.

Je leur voue ma reconnaissance, leur salaire elles l'ont mérité.
Etre dotée d'une grande patience, et surtout savoir encaisser,
la monnaie comme comme la colère, de ces clients bien ennervés,
ce sont les quelques grands critères, des caissières de supermarchés. 

Elles ont pourtant un beau costume, avec le logo d'l'entreprise,
un joli parking en bitume, pour garer son R19 grise.
Une jolie chaise à roulettes, et un détecteur de codes barres,
qui fait un p'tit bruit super chouette, qui résonne dans la tête le soir.

Et puis au moment de payer, toujours la question fatidique,
"Avez- vous la carte fidélité?", pour mes achats économiques.
Par chèques en espèces ou par cartes, tels sont les moyens de paiement,
pour financer le gros 4X4 , du patron d'Leclerc ou d'Auchan.
 
Je leur voue ma reconnaissance, leur salaire elles l'ont mérité.
Etre dotée d'une grande patience, et surtout savoir encaisser,
la monnaie comme comme la colère, de ces clients bien ennervés,
ce sont les quelques grands critères, des caissières de supermarchés.

Regardez ces gens qui voyagent, qu'emmènent leurs enfants pique-niquer,
des gamins pas vraiment sages, et souvent pas trop habillés.
Ils gueulent à travers les rayons, et se nourissent dans l'magasin,
mais quand faut payer l'addition, à la caisse y'en a plus aucun.

Il faut qu'elles suivent la cadence, il faut qu'elles maîtrisent la technique,
même s'il n'y a pas une bonne ambiance, et qu'elles s'envoient souvent des pics.
Voilà la fin de ma chanson, tout l'univers de ce métier,
enfin c'est juste l'impression, que ces personnages m'ont donné!
 
Je leur voue ma reconnaissance, leur salaire elles l'ont mérité.
Etre dotée d'une grande patience, et surtout savoir encaisser,
la monnaie comme comme la colère, de ces clients bien ennervés,
ce sont les quelques grands critères, des caissières de supermarchés.