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Vous êtes 23 en caisse (et en caddies, ça fait combien?)
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livre
Bienvenue dans l'univers fascinant des grandes surfaces, ce haut lieu de consommation. Pour une fois, passez de l'autre côté de la barrière et découvrez le petit monde du supermarché à travers les yeux d'une caissière.
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anna_samAnna SAM - 28 ans -
ex-hôtesse de caisse
en recherche d'emploi

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Les textes présents sur ce blog ne sont pas libres de droit et si vous souhaitez utiliser des extraits, merci de m'en faire la demande au préalable.

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clients

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Lundi 5 mai 2008
Une règle de conduite fondamentale me fascine régulièrement. Quand j'étais petite, un des préceptes que mes parents m'ont inculqué et que j'ai toujours pris soin de suivre est de commencer par dire bonjour à la personne qui est en face de moi et d'engager ensuite la conversation.
Un minimum de savoir-vivre.
Un minimum de considération pour mon interlocuteur.

J'ai toujours en tête cette phrase de mes parents : « on dit bonjour d'abord ».
J'ai appris, j'ai apprivoisé cette loi et je l'applique toujours.

Et puis, dire « bonjour », « merci » ou « au revoir » n'a jamais écorché la langue de quiconque.
Du moins, c'est ce que je pensais...

Je ne travaillais pas depuis très longtemps dans la grande distribution et je croyais encore naïvement que les personnes que je croisais étaient à peu près toujours agréables. Ha, la jeunesse nous berce de bien des illusions.
C'était un après-midi, une journée de dingues. Il y avait une foule de clients à n'en plus finir.
C'est une de ces journées où l'on comprend que notre travail est un travail à la chaîne :
Bonjour, scannage des articles, paiement, merci, au revoir.
Et hop, client suivant.
Cela devient complètement machinal, on se sent un peu abruti par l'exécution de ces mouvements mille fois répétés, ces paroles dites et redites qui perdent peu à peu leur sens mais je n'en oubliais pas pour autant ce principe essentiel du « bonjour ».

Et je me souviens.
Une femme passe avec sa fille. La mère apparaît tout de suite autoritaire.
Moi : Bonjour
Elle : Alors vous voyez, j'ai un bon de réduction
Moi : Bonjour
Elle : Et donc, je veux que
Moi : (je la coupe) Bonjour
Elle me lance un regard noir !
Moi : (je soutiens son regard - réponds sèchement certainement) On dit bonjour d'abord.


Oui, parole déplacée.
Oui, parole qui aurait dû rester au fond de ma gorge et surement pas passer la ligne fatidique de mes lèvres.
Car oui, La caissière ne doit jamais répondre au client.
Et oui, c'est un principe que nul employé de caisse (et de rayon) ne doit ignorer.
Oui mais voilà, cet après-midi là, ces gestes tellement mécanisés, abrutissants au possible m'ont doucement fait glisser vers une révolte intérieur où l'envie de garder ce statut d'humain face au client était devenue très forte.
Le silence des uns, les coups d'oeil assassins des autres qui ne supportent plus l'attente en caisse, les remarques cinglantes à cause de prix qui ne passent pas, et tant d'autres piques m'ont fait bouillir à petit feu.
Et cette femme, apparemment bourrée de principes, sa tenue vestimentaire et physique, sa façon de parler, sa fille bien sage... tout me portait à croire que c'était une personne qui avait appris à bien se conduire en société. Cette femme me toisait du haut de ses talons chics sans seulement prêter attention à la personne qui était en face d'elle.
Alors cette remarque que ma mère m'a bien des fois répétées est sortie. Sans réfléchir.

Évidemment, la cliente a été très vexée.
Évidemment, elle m'a passé un savon.
Évidemment, elle a crié au scandale en hurlant à qui voulait l'entendre que je l'avais humiliée devant sa fille.

Je vous passerai les détails sur la suite de cette histoire car là n'est pas l'important et n'ont aucun intérêt ici.
À partir de ce jour-là, j'ai compris quelque chose d'essentiel : caissière, tu resteras à ta place de caissière et quelle que soit la personne en face de toi, tu ne répondras pas, tu encaisseras, dans tous les sens du terme...

Depuis, je n'ai plus jamais insisté quand quelqu'un ne répondait pas à mon bonjour...

Au passage, pourquoi aujourd'hui nous émerveillons-nous lorsqu'un enfant est poli et dit bonjour à la caissière, au voisin, au passant ou à la boulangère ? Est-il devenu si rare qu'un enfant suive ce principe basique du savoir-vivre en communauté ? Je m'interroge...
Quoi qu'il en soit, j'ai toujours été sensible en caisse, lorsqu'un enfant me disait : « Bonjour madame ». Et nul besoin d'en dire plus.


Prochaine anecdote : Destruction en règle
par Miss pas touche publié dans : anecdotes au fil des caisses communauté : Si mon travail t'était "conté"
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Mardi 22 avril 2008
(illustration de NoTTo)


La grande surface : lieu de tous les échanges, de tous les regards et de toutes les complicités possibles...
c'est aussi un lieu sujet à tous les types d'ignorance, de transparence et d'anti-savoir vivre.
Bref, en un mot c'est la société dans toute sa grandeur (hauteur, largeur et profondeur incluses).

Petit Zoom vers la station service du magasin et approchons nous d'une voiture, la bleue là qui vient de s'engager dans la station. Monsieur est au volant, l'air un brin renfrogné. Madame est à sa droite, à la place passager. Il y a quelques voitures, l'attente ne sera pas longue. C'est bientôt au tour du couple de passer à la pompe. Il n'y a plus qu'un véhicule devant. Monsieur tapote sur son volant, l'air toujours renfrogné.
La voiture qui les précède démarre.
Madame sort prestement de la voiture et s'avance vers la pompe pendant que Monsieur dirige le véhicule jusqu'à la hauteur de Madame qui a déjà dégainé le pistolet (non, pas le TJ Laser, mais celui du gazole).
Monsieur coupe le moteur et se met à fouiller dans ses poches pour en retirer son paquet de cigarettes (les fenêtres sont à peine ouvertes – le panneau « interdiction de fumer » est bien visible mais bon... passons...). Il en grille une et attend.
Pendant ce temps là, Madame s'affaire. Elle a tout pris en charge et remplit consciencieusement le réservoir du véhicule. Une fois son travail effectué, elle referme la trappe à essence et se dirige... Non, pas à la portière de la voiture mais vers la caisse une vingtaine de mètres plus loin.

Monsieur démarre, accélère, dépasse Madame (elle n'a pas encore parcouru les 20 mètres), passe devant la caisse de la station, ralentit à peine et file sur le parking quelques mètres plus loin.
Il se gare.

Madame arrive à la caisse, se plie en deux (ha oui... l'ouverture pour passer le moyen de paiement est à hauteur de la fenêtre de la voiture, pas à hauteur d'homme – ou de femme en l'occurence) et règle à l'hôtesse de caisse.

Madame repart en trottinant vers la voiture. Elle monte à la place passager et Monsieur démarre. Ils quittent la grande surface (on aurait pu croire qu'ils voulaient gagner du temps pour aller dans le magasin ensuite, on aurait même presque pu imaginer que monsieur serait aller garer la voiture et serait aller chercher un chariot... on aurait pu croire, mais non...)

Tiens, il la récupère... Il faut dire que « ça » fait aussi la cuisine, le ménage, le repassage... Une femme à la maison, c'est quand même utile ;o)


Ce jour-là, je n'étais certes pas à la caisse, ce n'était certes pas à mon ancien boulot (là-bas, il y a une barrière qui empêche le véhicule de partir avant d'avoir payé), mais j'étais à la pompe avec mon mari et on a suivi ce petit manège mi-amusé, mi-étonné.
- Hé ! La prochaine fois qu'on fait le plein, on fera pareil, me lance-t-il le regard rempli de malice.
- Même pas en rêve...


Prochaine anecdote : « On dit bonjour d'abord »


EDIT : Mag demande en commentaire comment se passe la période de grossesse en caisse.

"
Je souhaiterai bien travailler jusqu'a mon congé maternité mais jusqu'à maintenant je n'ai encore jamais vu de caissière avec un gros bidon ! À combien de mois de grossesse vous êtes-vous arretées ?
Merci pour vos conseils ! "

Dans l'hyper où je bossais, j'ai croisé beaucoup des collègues enceintes. Elles tiennent tant qu'elles peuvent si je puis dire. Pas mal sont allées jusqu'à leur congé mater.
S'il y a des caissières qui ont vécu leur grossesse en caisse, merci d'aiguiller Mag car pour le coup, je ne suis pas experte en la matière et je pense que cette question intéressera d'autres caissières...
par Miss pas touche publié dans : anecdotes au fil des caisses
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Dimanche 13 avril 2008
Les paniers mis à disposition des clients sont l'objet de bien des convoitises.
En plastique ou en métal, ils sont généralement gris, bleu, rouge, vert ou jaune.
Ils ont une poignée, parfois deux.
Certains ont même des roulettes et se transforment en mini-caddie.
Tous les clients les prennent au moins de temps en temps pour effectuer quelques menus achats.
Quand ils arrivent dans la grande surface, ils les trouvent généralement du premier coup d'oeil, mis à disposition juste à côté de l'entrée. Les paniers attendent nonchalamment qu'un client prenne celui qui est en haut de la pile.
D'un oeil distrait, le client apercevra parfois un(e) employé(e) pousser un tas de ces paniers vers l'entrée.

- Poussez madame. Poussez ! Ça vient, je vois le bout !
Oui, le bout de l'allée n'est plus qu'à quelques mètres, il est temps car le tas de paniers a dépassé les 2m50 de haut et la tour commence à tanguer dangeureusement.
Les derniers pas et les 50 (ou 60, 70...) paniers atteignent tant bien que mal leur place pour être ensuite délicatement (ou sauvagement, c'est selon) récupérés par les clients venus faire leurs courses en s'engageant sur le parcours du combattant spécial commissions.


Vous avez été désignée pour faire le tour de paniers ce samedi après-midi ? Vous sautez de joie ? On dirait que c'est la première fois qu'on vous donne cette tâche à accomplir... Oui ? Je m'en doutais.
Savez-vous ce qui vous attend ? Non, pas vraiment ? Alors laissez-moi vous expliquer.

Vous êtes dans un petit magasin ? Il n'y a que quelques caisses, alors, ça va, les paniers qui s'empilent en bout de caisse ne sont pas très nombreux et cela ira vite pour les ramasser et les ramener à côté de l'accueil. En contrepartie, vous serez tenue de faire le tour très souvent car les paniers n'étant pas nombreux, ils se retrouveront presque tout le temps au bout des caisses...

Vous êtes dans une grande surface ? Il y a : 30, 40 ou 50 caisses ? Alors, bon courage ! Vous allez vite comprendre pourquoi.
Au début, vous trouvez ça rigolo de vous promener au bout des caisses et de récupérer tous ces paniers multicolores (ho, c'est beau!) qui attendent impatiemment qu'on les ramène à l'entrée pour qu'ils puissent de nouveau servir de contenant pour toutes ces marchandises, qui elles aussi, attendent impatiemment dans les rayons pour aller se promener dans les paniers / caddies puis  découvrir le vaste monde jusqu'au placard ou le frigo du client.
Vous jetez un oeil sur la ligne de caisse. Vous découvrez qu'il y a des tas de paniers qui s'empilent. Joie, la partie va commencer et vous aller pouvoir jouer votre rôle de ramasseuse de balles, pardon de paniers. Vous récupérez au passage un petit chariot à roulettes (quand il y en a un et que vous parvenez à le trouver) qui vous permettra d'empiler un maximum de paniers lors de votre tour au bout des caisses.
Ravie de vous dégourdir les jambes vous parcourez toute la longueur du magasin pour atterrir à la caisse 1 et commencer à ramasser les paniers. Aux premières caisses, il ne sont pas nombreux, vous arrivez rapidement à la caisse 10 (déjà le quart de la ligne parcourue! Vous vous dites que ça va super vite). Tiens, on dirait que les tas de paniers qui s'entassent sont de plus en plus hauts.
Ha, la vision d'horreur ! La caisse moins de 10 articles ! Là, ce n'est pas un tas de paniers qui vous attend mais un champ de bataille. Les paniers s'éparpillent un peu partout : devant, dessous, derrière et à côté de la caisse. À vous de vous débrouiller pour tout récupérer au plus vite sans gêner les clients qui se bousculent (on est samedi après-midi, ne l'oubliez pas!) et qui hésitent à vous laisser passer (ils risqueraient bien de perdre leur tour...). Mais vous êtes un ange de patience et à coups de « pardon », « excusez-moi », « s'il-vous-plaît », « merci », vous parvenez à récupérer toutes ces petites victimes de la caisse – de 10 tout en gardant votre sourire pour chaque client qui maugrée lorsque vous lui demandez de se pousser.
Vous continuez d'avancer et votre pile de paniers commence à atteindre des sommets.
Caissse 13, seulement 3 paniers à récupérer. Oui, mais voilà, votre tour a déjà atteint 2 mètres (vous ne mesurez qu'1 m 60 ? Aïe...) et vous avez du mal à atteindre le haut ? Allez, on ajoute encore ces 3 petits paniers et on file à l'entrée du magasin pour les remettre à disposition des clients.
En vous mettant sur la pointe de pieds, vous parvenez, non sans mal, à les ajouter. Vous êtes fière de vous. Puis, vous avancez d'un bon pas car vous vous rendez compte que vous devrez faire encore plusieurs tours avant de parvenir à accomplir votre tâche.
La tour est haute et vous ne voyez pas très bien où vous avancez. Vous apercevez un caddie qui stationne quelques mètres devant, vous parvenez à faire prendre un virage serré à votre tour de paniers, malheureusement, vous avez mal négocié la tangente et votre pile penche dangeureusement. Vous tentez de rattraper le coup en virant à droite puis à gauche puis encore à droite. Peine perdue, c'est encore pire. La chute est inévitable.

Un grand patatras plus tard.

Vous êtes rouge de honte de vous être laissée berner par un tas de paniers. Les clients vous regardent, interloqués, quelques collègues qui passent par là sont hilares...
Vous vouliez faire un excès de zèle en construisant une tour de Babel trop haute pour vous ? Au moins, vous ne vous ferez pas avoir deux fois. Une caissière vient fous filer un coup de main pour vous aider à récupérer les victimes éparpillées sur plusieurs mètres. Elle vous dit en se marrant que tout le monde se fait avoir au moins une fois. Eh oui, on se croit toujours plus malin que les autres et on pense qu'on pourra gérer une pile plus ou moins en équilibre de 2 mètres de haut sans aucun souci... Mais on oublie trop souvent que la ligne de caisse n'est pas une grande ligne droite, mais au contraire, qu'elle est semée d'embûches.
Vous reconstruisez votre pile, en enlevant quelques paniers histoire de ne pas vous retrouver avec un tas peu maniable.

Et lorsque tant bien que mal vous êtes parvenue à bon port, sans cogner contre un seul chariot, ni écraser de pieds ou pousser une mamie... Vous vous sentez enfin maîtresse de la tour de paniers et vous vous gonflez de fierté ?
C'est toujours à ce moment là qu'un client vous saute dessus et vous arrache un panier en maugréant :
- C'est toujours pareil, y a jamais de paniers ici.
Merci ? Pardon ? S'il vous plaît ? Ha faut pas pousser ! C'est déjà assez dur de devoir attendre que la caissière ait apporté des paniers à l'entrée du magasin.
Une solution à ce passage à vide ? Peut-être...

Le client arrache le panier de la pile ? Retenez l'objet du délit et regardez le client droit dans les yeux. Celui-ci devrait soutenir votre regard (le sien sera noir forcément).
Et avec un sourire, dites :
- Qu'est ce qu'on dit ?
Avec beaucoup de chance il vous dira merci... Il risque surtout de vous envoyer balader... Mais ça vaudrait le coup d'essayer non ?

Caissière, un métier qui permet de refaire l'éducation du consommateur.

À suivre...
(ce n'était qu'un premier aperçu, vous allez découvrir qu'il y a plein d'histoires charmantes que l'on se raconte au coin du feu les soirs de veillées, tout cela grâce aux paniers!)


Prochaine anecdote : leçon de galanterie à la station service
par Miss pas touche publié dans : anecdotes au fil des caisses
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