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Le monde du silence

20 Juin 2008, 22:28pm

Publié par Miss pas touche

Nous sommes début août. Le soleil tape fort, la chaleur presque étouffante à l'extérieur. Il n'y a pas une brise, pas un souffle d'air dehors. Dans le magasin, la climatisation ronronne, il fait bon.
En caisse, les clients ne se bousculent pas. D'ailleurs, il n'y a pas un chat...
Derrière votre caisse, le temps s'égrenne lentement, très lentement. Les rayons du soleil traversent la verrière et tombent en droite ligne sur l'écran, vous éblouissant au passage.
La chaleur ambiante vous fait tomber dans un état semi-léthargique. Les yeux mi-clos, vous écoutez d'une oreille distraite la musique que crachottent les haut-parleurs. Une musique d'ambiance, calme qui invite à prendre son temps. Vous finiriez presque par vous croire sur la terrasse d'un café (mais sans café et sans terrasse...).

Les minutes s'écoulent. Lentement. Vous ne voyez toujours pas un seul client. Vous finissez d'ailleurs par oublier que vous vous trouvez dans un magasin, derrière votre caisse.
La somnolence vous guette et finit par vous tomber dessus.

De temps à autre, vous jetez tout de même un oeil à droite, puis à gauche, les hôtesses aux autres caisses sont dans le même état comatique que vous. Tout au bout de ligne, vous apercevez tout de même un caddie poussé par un client. Vos sens se mettent en alerte et vous priez très fort pour que ce client ne vienne pas interrompre votre sieste.
Ouf, c'est votre collègue installée quelques mètres plus loin qui reçoit le client.
Vous pouvez remettre vos sens au repos et votre esprit retourne vagabonder.
Oh ! L'écran vient de s'éteindre. Ah, ça fait déjà trente minutes que vous patientez sans activité (pour vous donner bonne conscience, vous effleurez l'écran tactile pour rallumer votre caisse).
Vous vous recalez confortablement sur votre fauteuil (attention quand même, car le dossier tient quelque peu en équilibre...).

Le soleil tape un peu plus fort, vous avez l'impression que la chaleur ambiante fait vibrer l'air autour de vous. Vous résistez vaille que vaille à l'appel de la sieste même si vous en mourez d'envie. Vous profitez tout de même de ce temps pour observer de près l'intérieur de vos paupières (discrètement tout de même...).
Alors que vous êtes bien tranquille, que vous appréciez ces instants où vous tombez dans cette douce torpeur, un couinement titille vos oreilles. D'abord lointain, il semble se rapprocher imperceptiblement. On dirait le bruit d'une roue qui grince. Des bruits de pas, puis une voix finissent par vous réveiller tout à fait.
Vous entendrez au choix :
- Vous êtes ouverte ? Lance la cliente la bouche en coeur.
- Je vais vous faire travailler.
- Vous m'attendiez ?
(ou autres... les entrées en matière ne manquent pas)
Vous répondrez vaguement « oui ». Vous n'avez ni le courage ni l'envie cet après-midi de répondre autre chose. Il fait trop chaud...

Bon gré, mal gré, vous remettez vos gestes automatiques en marche et vous commencez à scanner les articles, réfrénant péniblement un baillement au passage. Heureusement, la cliente n'a pas beaucoup de courses et le compte est plié en une paire de minutes.
Un « AurevoirBonnefind'après-midi » plus tard et vous pouvez reprendre votre sieste là où vous l'aviez laissée. Vous jetez un coup d'oeil aux alentours, c'est le calme plat.
Ouf, vous aviez failli vous réveiller complètement.

Zzzz (ha non pardon, Driiing c'est plus réaliste)
Votre téléphone sonne (celui de la caisse, pas votre portable ! Lui est rangé dans votre casier). Vous sursautez et êtes à deux doigts de tomber de votre chaise.
Vous décrochez :
- Tu peux venir en caisse centrale ? Il y a du rangement à faire.

La sieste est bel et bien terminée... Au boulot !


---
Evidemment, ce genre d'(in)activité estivale ne fonctionne pas du tout dans les zones touristiques...

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anneso 24/08/2008 13:28

je déteste ces vieux (oui c'est tjr des vieux...) qui me sortent, avec un grand sourire, un :
"je vois que vous vous ennuyez!" (pas du tout!!)
ou
"je peux venir " (noooon:!!!)
ou
"est ce que je peux passer a cette caisse?? (nan, a partir d'aujourd'hui je choisis mes clients^^)
ou bien
"vous etes normale??" (qoi?? oui je sais je suis pas terrible mais j'ai l'air humaine qd meme!!!)

Frédérique BONNET 26/07/2008 15:54

Les tribulations d’une (autre) caissière.


Anna était la caissière 173 et il me semble que j’étais la 172 ou la 122, je ne sais plus. Et pour cause, j’ai eu la chance de n’exercer ce métier que durant un an. Certes, je ne suis pas devenue Notaire mais j’ai occupé ce poste durant la dernière année de mon « Master » comme on dit maintenant, « DESS» à l’époque !

Mon expérience ressemble pourtant précisément à celle d’Anna : l’entretien d’embauche « minute » (« Vous pouvez commencer dès demain, on a justement une session de formation - ultra rapide - qui débute », rien d’étonnant, il y en a toutes les semaines), l’uniforme, le caisson, le froid aux caisses proches du rayon surgelés, les responsables sympas mais qui changent souvent, les temps de pause à gérer à la minute près et bien entendu les clients : les mêmes !

« Patience, vous avez dit patience ?»

J’ai toujours dit que cette expérience m’avait - vraiment - enseigné la patience. Par exemple devant la cliente qui cherche désespérément son bon de réduction qu’elle avait soigneusement préparé sur la table de la cuisine … ce serait trop bête, patience. Ou encore face au client qui a oublié juste 1 article et qui va le chercher au pas de course pour prouver sa bonne foi, patience. Il revient avec 3 ou 4 autres produits de rayons différents … bah oui, il les avait oubliés aussi ! Un peu de patience, quoi. De mémoire de caissière, jamais un client n’est revenu avec le seul article qui lui manquait initialement et qui était si important pour lui.
Mais justement, si c’est important pour eux, après tout, quelques minutes supplémentaires consacrées à chaque client, quelle importance pour la caissière (forcément patiente) ? Ah oui, j’oubliais : les autres clients. Ils risquent de s’énerver un peu (beaucoup). Et là, c’est toute l’affaire de « l’hôtesse » qui doit savoir gérer sa caisse.


« Ne vous fiez surtout pas aux apparences !»

La patience acquise, j’ai découvert les très nombreuses facettes que la nature humaine peut revêtir. Le client qui m’agace avant même d’arriver à ma caisse parce qu’il se dirige d’un pas nonchalant mais qui se révèle finalement être ordinaire, voire sympathique. Et bien entendu, à l’inverse, les clients bien aimables qui disent « bonjour » sans se faire prier mais qui perdent leurs bonnes manières à la première occasion. C’est toujours décevant et parfois vexant.


« Ça n’arrive pas qu’aux autres …»

D’autres fois, c’est plus lourd de conséquences. Un jour, une vieille dame qui parait si vulnérable passe à ma caisse. Elle me présente un billet de 200 francs (c’était encore les francs en 1999 !) pour payer ses achats. Elle reprend discrètement le billet qu’elle avait posé sur la caisse. Résultat : un moment d’hésitation, un samedi après-midi avec une file d’attente très longue, je dévisage la vieille dame, « Non, elle n’a pas pu faire ça, pas elle. J’ai du ranger le billet machinalement avant de lui rendre la monnaie ».
Finalement, après comptage, un écart de plus de 200 francs dans mon caisson le soir. La responsable a bien su me dire que « même avec un bac + 5, ça n’arrive pas qu’aux autres … ».


« La diplomatie avant tout »

Pour compléter les périodes de soldes ou de noël si bien décrites par Anna, j’ajouterais le mois de septembre et son inoubliable « Foire aux vins ». La consigne donnée aux caissières est d’ouvrir tous les cartons qui passent en caisse (et il y en a quelques uns) pour vérifier que les étiquettes des bouteilles à l’intérieur correspondent bien à celle de l’emballage extérieur.

A vous de jouer, comment répondre avec diplomatie aux remarques (bien compréhensibles) des clients : « Vous me prenez pour un voleur ou quoi ? Et vous n’avez rien pour refermer le carton en plus ». Effectivement, force est de constater que rien n’est prévu, pas même du scotch. A la caissière d’’expliquer, toujours avec diplomatie, au client qu’il doit se débrouiller seul pour ne pas casser les bouteilles dans son caddie ou dans le coffre de sa voiture …


« Parole de caissière »

Pour ma part, c’était le samedi 16 septembre 2000 mon dernier jour (enfin j’espère aussi, comme dit Anna).

Je m’en souviens précisément car dès le lundi suivant, j’ai pris mes fonctions au sein d’un service municipal de l’action sociale où j’ai évolué et dont j’ai désormais la responsabilité. Là aussi, je rencontre chaque jour des personnalités très variées.

La ressemblance : la diversité des usagers du service public est comparable à celle des clients du supermarché. De multiples échantillons de la société, même si les difficultés et les sujets abordés sont bien plus graves naturellement.

La différence : je sais désormais recevoir le public avec patience, sans me cantonner aux apparences. Je me méfie des uns, j’accorde les quelques minutes utiles supplémentaires aux autres. Le tout avec diplomatie, parole de caissière !

Miss pas touche 26/07/2008 20:59


bonjour Frédérique,
merci pour ce message et effectivement, la patience est le maître mot de ce métier.
et j'ai appris à rester maître de moi en presque toutes circonstances aujourd'hui.
bien amicalement.


amina 23/07/2008 21:47

ton livre des barres de rires,je l'ai trouver sur le bureau de mon boss et il a apprécier et m'en a parlait vite fait et fallait que je le lise.
en faite je me suis retrouver dans livre a 200% et j'ai aimer dommage a la fin tes anecdotes étaient courtes mais trop bien tu as assurée.
bisous a bientot

Danièle 16/07/2008 21:47

Je suis hôtesse de caisse depuis 5 ans dans un hypermarché. J'en ai déjà vu des vertes et des pas mûres avec nos chers clients et clientes.

Désolée de le dire ainsi mais je ne peux plus les voir...

Un soir vers 20 heures (une demi heure avant la fermeture), un client arrive avec un chariot plein à craquer. Il commence à le décharger sur le tapis mais à un moment il est plein. Alors, je décide de commencer à scanner ces packs d'eau et là il me fait un scandale!

Je n'ai pas à commencer à encaisser le client sans son autorisation, je ne connais pas mon métier et surtout je suis une grosse conne. Tout ceci sont les propos tenus par le client.

Je lui explique gentiment que ce n'est pas pour l'embêter que je fais cela mais pour l'aider car il avait encore le reste du caddie à décharger sur un tapis déjà plein.

Il n'a rien voulu entendre m'a traiter de tous les noms et à demander à voir ma responsable.

résultat : cela s'est terminé à la sécurité car le client gueulait plus fort qu'elle.

Où est passé le respect? Ne comprennent ils pas qu'on est pas là pour les embêter mais que c'est l'inverse!! Mmes et Mrs les clients pourquoi n'êtes vous pas aimables et respectueux lorsque vous passer à une caisse?

La morale ne sert à rien....

Caissier Débutant 15/07/2008 23:53

Mdr c'est exactement ça